La Fuite de Galatée

Hubert Robert

1733 - 1808

vers 1780
Sanguine
34 x 29 cm
Ni signé, ni daté
D.49
Don J.-V. Veyrenc, 1835
© Musée de Valence

Information

Comme la peinture du musée de l’Ermitage, dont il constitue à la fois une variante et un complément, le dessin de Valence illustre l’histoire de Galatée et du berger Admète d’après les Bucoliques de Virgile. Si la peinture de l’Ermitage porte la première partie du distique de Virgile, ce dessin porte, lui, sur un bloc de pierre au premier plan, la seconde partie : « Sed fugit ad salices et se cupit ante videri. »
En artiste érudit qui a suivi des études classiques, connaît les auteurs antiques et peut lire le latin ainsi que le rapporte Louis Vigée (Notice nécrologique « Hubert Robert », Mercure de France, avril 1808, t. XXXII) et que le montre nombre de ses oeuvres portant des inscriptions latines, Hubert Robert joue avec le texte de Virgile qu’il fragmente sur ces deux oeuvres. Il utilise encore quelques vers de Virgile dans d’autres oeuvres, dont Les Dénicheurs, version peinte également au musée de l’Ermitage et version dessinée à la sanguine conservée dans une collection privée parisienne. Jean de Cayeux, dans le catalogue des dessins d’Hubert Robert du musée de Valence, édité en 1985, propose de dater cette sanguine vers 1780, pour des raisons à la fois stylistiques et de confrontation avec le même sujet traité par l’artiste dans la peinture du musée de l’Ermitage qu’Ekaterina Deriabina date aussi de ces mêmes années. Catherine Boulot, dans le catalogue de l’exposition du musée de Valence, Hubert Robert et la Révolution, propose, elle, de la dater plus tardivement, vers 1794, pendant l’emprisonnement de l’artiste à Saint-Lazare. Son hypothèse se fonde sur une lettre adressée par le poète Roucher, emprisonné avec Hubert Robert, à sa fille Eulalie, où il décrit un dessin que l’artiste vient d’exécuter : « l’attitude de Galatée ou de l’Amarillis du traducteur est pleine de grâce ; on ne voit la fugitive que par derrière, mais tout le mouvement de son corps lui tient lieu de visage, et l’on sait qu’elle dit des yeux : c’est moi. »
 
Jouant avec le texte antique, Hubert Robert a placé les protagonistes de la scène dans une vaste composition où le paysage occupe la place prépondérante, même si, à l’avant, quelques fragments antiques et un chapiteau reviennent encore comme un souvenir italien.
Accompagnant la fuite de Galatée et le large geste d’appel d’Admète, les frondaisons de deux vieux saules aux troncs noueux sont tracés d’un geste vigoureux, dans une matière grasse et appuyée au graphisme nerveux. La vision oblique de la composition vient accentuer la dynamique déjà amorcée par la pente du sol et l’orientation des feuillages, conduisant ainsi le regard vers la silhouette de Galatée vue de dos et le visage tourné, puis vers Admète en haut de quelques marches. Au loin, la forêt est, elle, esquissée en une masse cotonneuse aux larges hachures. Le ciel est, comme souvent, à peine évoqué sur le papier laissé presque à nu.

Hubert Robert, La Fuite de Galatée, vers 1780, sanguine © Musée de Valence, photographie Cédric Prat, Studio L'Œil Ecoute

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